L'Histoire
Du Songo
Né dans les cours des villages Ekang d'Afrique centrale, le Songo est bien plus qu'un jeu de stratégie : c'est un miroir de la société, un outil de paix, et le patrimoine vivant d'un peuple.
Né chez le
peuple Ekang
Le Songo est une création du peuple Ekang, un ensemble de peuples d'Afrique centrale réunis par une langue et une culture communes, présents au Gabon, au Cameroun, en Guinée Équatoriale et au Congo-Brazzaville. On l'associe en particulier aux Béti et aux Fang, dont les Ewondo du Cameroun.
Jeu de stratégie mathématique à deux joueurs, il se joue sur un plateau de 14 cases disposées en deux rangées — une configuration caractéristique de la famille des jeux de Mancala, l'une des plus anciennes traditions ludiques de l'humanité, présente sur tout le continent africain.
« Le Songo est devenu un parfait trait d'union entre les peuples, un jeu de réconciliation et d'harmonie entre les familles. »
Messame Akué, compétiteur à Libreville
Aire géographique
Gabon, Cameroun, Guinée Équatoriale, Congo-Brazzaville : l'espace Ekang, au cœur de l'Afrique centrale.
Peuple Béti / Fang
Transmis de génération en génération au sein des communautés Ewondo, Bulu, Beti et Fang du bassin congolais.
Un chef,
quatorze trous
La tradition orale Ewondo attribue l'invention du jeu à un ancêtre nommé ESSOMB-NDANA, chef de village qui cherchait une occupation digne de son rang. Il ordonna à un esclave de creuser quatorze trous en deux rangées dans la cour des palabres et y plaça cinq cailloux dans chaque trou.
Ce témoignage, recueilli auprès d'Essomba Luc, un Ewondo de 90 ans, constitue l'une des rares sources orales précises sur la naissance du Songo. Il souligne l'ancrage du jeu dans la vie villageoise et son lien originel au pouvoir et à la réflexion collective.
« Le chef ordonna à un esclave de creuser quatorze trous en deux rangées dans la cour du village, puis y plaça cinq cailloux. »
Essomba Luc, 90 ans, témoignage recueilli par Club Awalé
Du sol
à l'ébène
La terre du village
À l'origine, le jeu se pratiquait directement sur le sol, dans la cour commune : lieu de vie, de palabres et de justice villageoise.
Le plateau d'ébène
Un sculpteur nommé Omgba SEME transféra le jeu sur un plateau d'ébène taillé, le rendant portable et lui conférant un statut d'objet précieux.
Les graines d'Ezezam
Les cailloux, trop volumineux, furent remplacés par les graines d'un arbre local appelé Ezezam. Plus petites et plus régulières, elles sont parfaites pour jouer.
Le raphia sonore
Des branches de raphia tressé vinrent ensuite remplacer l'ébène pour la fabrication du plateau. Le claquement des graines sur le bois devient partie intégrante du jeu.
Stratégie
pure
Le Songo est une activité de stratégie mathématique qui met en compétition deux joueurs sur un plateau de 14 cases (7 par côté), chacune contenant 5 pierres au départ, pour un total de 70 pierres. La distribution des pierres alterne droite-gauche et gauche-droite. Une prises'effectue lorsque la distribution se termine sur une case adverse contenant 2 à 4 pierres. Le premier joueur à atteindre plus de 35 pierres remporte la partie.
Distribution
Les pierres se distribuent alternativement de droite à gauche et de gauche à droite. Chaque coup peut déclencher une cascade de prises.
La prise
On capture les pierres d'une case adverse lorsqu'elle en contient entre 2 et 4 au moment où la distribution y prend fin.
La victoire
Le joueur qui accumule plus de 35 pierres remporte la partie. Au Gabon, la variante GBMPEM continue même si le nombre de pierres en jeu est faible.
Variante Gabonaise : GBMPEM
Au Gabon, la version la plus populaire du Songo s'appelle le GBMPEM. Elle se distingue par sa règle de fin de partie : la partie continue même quand le nombre de pierres en jeu passe en dessous de 10, et ne s'arrête que lorsqu'un joueur dépasse 35 pierres ou se retrouve dans l'impossibilité totale de jouer.
Un miroir
de la société
Le Songo n'est pas qu'un divertissement : c'est une métaphore sociale. Pendant la partie, l'univers du jeu se confond avec celui de la société. Les joueurs accompagnent leurs coups de proverbes et de chants épiques, démontrant stratégie et éloquence en même temps.
Initialement réservé aux anciens, seuls les hommes de plus de 60 ans avaient le droit d'y jouer. Le Songo était considéré comme un jeu noble. Les enfants et les adultes en étaient exclus, notamment pour protéger les plus jeunes de la honte de la défaite devant les aînés.
Chez les Fang du nord du Gabon, le Songo servait autrefois à trancher les différends entre hommes, y compris les disputes liées aux femmes : le vainqueur de la partie repartait avec sa bien-aimée. Le jeu avait ainsi force de justice, remplaçant parfois le tribunal.
« Durant le jeu, l'univers du plateau se confond avec celui de la société. Chaque coup est un acte de parole. »
Joueur traditionnel, Gabon
Patrimoine
vivant
Au Gabon, le Songo occupe une place particulière. Fabriqué en bois avec des noyaux secs de fruits noirs comme pions, il est présent dans les cours familiales, les places de village, et de plus en plus dans les villes. Il est vu comme un élément fédérateur du vivre ensemble gabonais.
Alors que les jeunes générations quittent les villages pour les centres urbains, des acteurs engagés luttent pour que ce patrimoine ne disparaisse pas. Comme le souligne Éric Messa-Zeng :
« Nous avons créé ces fédérations, ces ligues, pour encourager les jeunes à ne pas oublier notre culture. »
Éric Messa-Zeng, Fegasongo
Fegasongo
La Fédération Gabonaise de Songo organise des championnats professionnels depuis 2019, regroupant 10 clubs dans les régions de Libreville, Owendo et Akanda.
Championnats régionaux
Des tournois ont déjà été organisés dans le Woleu-Ntem, le Haut-Ogooué et l'Ogooué-Maritime, avec un projet de tournoi national inter-régional.
Un héritage
à transmettre
Depuis 2019, la Fegasongo organise des championnats mêlant compétition et culture, avec musique traditionnelle, danses et gastronomie locale. L'organisation fonctionne sans financement étatique, sur la seule contribution de ses membres.
À Libreville, l'Académie Club de Songo du PK13/Bizango, dirigée par Aaron Gildas Toung Ondo, s'est engagée dans des lycées et collèges pour y créer des clubs de Songo au Lycée Quaben et au Collège Bessieux, et prépare une collaboration avec l'Université Omar Bongo.
Aujourd'hui, cette tradition ancestrale continue de vivre dans les cours d'école, sur les écrans de téléphone et dans les compétitions nationales. Elle unit ceux qui partagent une même mémoire collective.
Rejoindre la communauté
À toi de jouer
Des siècles d'histoire dans chaque coup. Télécharge l'application et rejoins la communauté des joueurs de Songo.
Jouer maintenant
